Dopage en trail : substances, contrôles et affaires qui secouent la discipline

Dopage en trail

Le trail se présente volontiers comme un sport pur, loin des dérives du cyclisme ou de l’athlétisme élite.

Pourtant, les affaires de dopage s’y accumulent depuis dix ans, et les chiffres issus des Templiers 2024 ont jeté un froid sur toute la communauté. Voici ce que les données révèlent vraiment.

Le dopage en trail est-il vraiment répandu?

La question divise. D’un côté, le trail reste un sport amateur à 90%, avec des contrôles rares et des gains financiers limités – terreau peu propice au dopage organisé. De l’autre, les cas documentés concernent aussi bien des coureurs du top 10 mondial que des amateurs de milieu de classement.

La comparaison avec le cyclisme ou le marathon kényan serait trompeuse. Le trail partage avec l’ultra-endurance des besoins physiologiques très spécifiques : capacité à récupérer vite, tolérance à la douleur sur 20 à 100 kilomètres de dénivelé, gestion de l’inflammation musculaire.

Ce sont précisément ces besoins qui orientent les pratiques dopantes vers certaines substances.

Le vrai problème est la sous-détection. Les contrôles restent peu fréquents sur la majorité des courses, et les affaires émergent souvent par hasard – lors d’un contrôle hors compétition ou à l’occasion d’un grand événement comme l’UTMB.

Quelles substances sont utilisées pour se doper en trail?

Dopage en trail

L’EPO reste le dopant emblématique de l’endurance. Elle augmente la production de globules rouges et donc le transport d’oxygène vers les muscles – un avantage décisif sur 50 kilomètres ou plus.

Gonzalo Calisto, 5ème à l’UTMB 2015 en 22h24′, a été suspendu deux ans après un contrôle positif à l’EPO : le cas le plus médiatisé du trail mondial à ce jour.

Les corticoïdes injectables, notamment la triamcinolone acétonide, reviennent dans plusieurs affaires.

Leur effet anti-inflammatoire puissant permet de forcer sur des douleurs qui stopperaient normalement un athlète. Didier Zago (EPO), Christelle Dewalle (heptaminol) et Lucas Manfredi (triamcinolone) figurent parmi les cas documentés par les instances françaises.

Les diurétiques masquants constituent une catégorie à part. Stian Angermund a été contrôlé positif au chlortalidone lors de l’OCC 2023 – un diurétique utilisé non pour performer directement, mais pour réduire la concentration d’autres produits dans les urines au moment du contrôle.

SubstanceEffet recherché en trailCas documenté
EPOAugmentation du VO2max, endurance aérobieGonzalo Calisto, Didier Zago
Triamcinolone acétonideRéduction de l’inflammation, récupérationLucas Manfredi, Nicolas Bouvier Gaz
HeptaminolStimulant cardiovasculaireChristelle Dewalle
Chlortalidone (diurétique)Masquage d’autres produitsStian Angermund
Nandrolone (anabolisant)Récupération musculaireShelby Houlihan
AINS / ibuprofèneGestion de la douleur et de l’inflammationTempliers 2024 (5 cas)

Les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène sont-ils du dopage en trail?

Juridiquement, l’ibuprofène n’est pas inscrit sur la liste de l’AMA. Mais certaines courses l’interdisent explicitement dans leur règlement, dont le Grand Trail des Templiers.

La raison n’est pas la triche sportive mais le risque médical : avaler des anti-inflammatoires avant ou pendant un ultra augmente significativement les risques d’atteinte rénale et gastro-intestinale.

Selon les données publiées par Outside.fr en décembre 2024, sur les 28 prélèvements réalisés aux Templiers 2024, 5 des 10 analyses post-course ont révélé des traces d’ibuprofène.

Soit 50% des participants contrôlés avaient consommé un AINS dans les jours précédant la course. Pierre Sallet a précisé que les traces étaient infimes et ne correspondaient pas à une prise pendant la course elle-même.

Aucun athlète n’a été sanctionné, et les cas positifs sont restés anonymes. Cette situation illustre le flou réglementaire autour du dopage anti-inflammatoire en trail : interdit par le règlement de course, mais sans procédure disciplinaire clairement définie ni inscription sur la liste AMA.

Que s’est-il passé lors des contrôles antidopage aux Templiers?

Dopage en trail risques

L’organisation Athletes for Transparency a réalisé 28 prélèvements lors du Grand Trail des Templiers 2024 : 18 la veille de la compétition, 10 à l’arrivée.

C’est une initiative privée, indépendante de l’AFLD, ce qui explique en partie pourquoi les résultats positifs n’ont débouché sur aucune sanction formelle.

Le premier cas positif documenté aux Templiers remonte à octobre 2016 : Nicolas Bouvier Gaz, 5ème de l’épreuve, avait été contrôlé positif à la triamcinolone acétonide. Un précédent qui avait ouvert les yeux sur la vulnérabilité de la discipline.

En 2025, le bilan est plus rassurant. Selon u-Trail, les 30 contrôles réalisés cette année par l’AFLD sur les Templiers n’ont révélé aucun produit interdit.

Deux dispositifs coexistent donc : les contrôles officiels de l’AFLD, avec pouvoir de sanction, et les tests d’Athletes for Transparency, plus larges mais sans suite disciplinaire directe.

Les femmes en trail sont-elles aussi touchées par le dopage?

Les affaires impliquant des coureuses sont moins nombreuses mais tout aussi révélatrices. La Suissesse Stéphanie Perriard a écopé de 9 ans de suspension – une durée exceptionnelle – pour possession et trafic d’anabolisants, usage de produits dopants et violation d’une première suspension.

En septembre 2025, Joyline Chepngeno, vainqueure de Sierre-Zinal, a été contrôlée positive à l’acétonide de triamcinolone. Suspendue deux ans, elle a également perdu son titre à l’OCC de l’UTMB.

Son cas illustre la récurrence de ce corticoïde dans le dopage trail femme, déjà observée chez d’autres athlètes.

Esther Chesang, suspendue pour dopage par les autorités kényanes, avait pourtant pris le départ et remporté Sierre-Zinal 2022 – une faille de coordination entre fédérations nationales et organisateurs.

Shelby Houlihan, elle, a purgé quatre ans de suspension pour un contrôle positif au nandrolone (2021-2025) avant de remporter sa première course de trail en janvier 2026, devant tous les hommes au scratch.

Comment fonctionnent les contrôles antidopage en trail?

Dopage en trail dangers

En France, l’AFLD est l’organisme compétent pour les contrôles antidopage en trail. Elle intervient à la demande des fédérations ou de sa propre initiative sur les grandes épreuves. Les contrôles peuvent être réalisés en compétition ou hors compétition, à l’improviste.

La fréquence reste faible comparée au volume de courses. Sur les milliers d’épreuves annuelles, seules quelques dizaines font l’objet de contrôles sérieux. L’UTMB, les Templiers et quelques courses labellisées World Athletics constituent l’essentiel du dispositif.

  • Prélèvement urinaire et/ou sanguin réalisé par un agent assermenté
  • Analyse en laboratoire accrédité AMA
  • Procédure contradictoire en cas de résultat anormal
  • Sanction prononcée par la fédération compétente ou le TAS
  • Publication obligatoire de la sanction (nom, substance, durée)

La limite principale du système est la couverture. Un coureur qui ne participe qu’à des courses sans contrôle – soit la majorité des épreuves régionales – ne sera jamais testé, même en cas de dopage avéré.

Quels traileurs ont été sanctionnés pour dopage?

Les affaires françaises et internationales commencent à constituer un corpus significatif. Voici les cas les mieux documentés, avec leurs sanctions :

AthlèteSubstanceSanction
Gonzalo Calisto (ECU)EPO2 ans (UTMB 2015)
Nicolas Bouvier Gaz (FRA)Triamcinolone acétonideSuspension (Templiers 2016)
Didier Zago (FRA)EPOSuspension
Christelle Dewalle (FRA)HeptaminolSuspension
Lucas Manfredi (FRA)Triamcinolone acétonideSuspension
Stian Angermund (NOR)ChlortalidoneSuspension (OCC 2023)
Stéphanie Perriard (SUI)Anabolisants + violation suspension9 ans
Joyline Chepngeno (KEN)Triamcinolone acétonide2 ans (2025)

Ce tableau ne représente que les cas qui ont abouti à une sanction publiée. Le nombre réel de contrôles positifs non publiés ou classés sans suite reste inconnu.

Le dopage en trail est-il différent du dopage en running sur route?

Dopage en trail qu'en dit la loi

Le dopage en running classique, notamment sur marathon, est dominé par l’EPO et les boosters de globules rouges – logique dans une discipline où le VO2max est déterminant sur 42 km à allure soutenue.

Le trail partage ce besoin aérobie, mais y ajoute des contraintes mécaniques intenses : dénivelé, chocs répétés, durée pouvant dépasser 24 heures.

Cette spécificité explique la présence plus marquée des corticoïdes dans les affaires de trail. Courir 100 km en montagne génère une inflammation musculaire et articulaire incomparable avec celle d’un 10 km sur route.

Les corticoïdes injectables permettent de compresser cette inflammation et de récupérer plus vite entre deux courses majeures.

L’ultra-endurance introduit aussi une dimension que le running sur route ne connaît pas : la gestion de la douleur sur la durée.

Un plan d’entraînement trail 50 km bien construit intègre des semaines de récupération précisément pour éviter l’accumulation de fatigue chronique – celle que certains athlètes cherchent à court-circuiter avec des produits.

Enfin, la communauté trail entretient une image d’authenticité – « sport nature », valeurs d’effort pur – qui rend les affaires de dopage trail particulièrement mal vécues.

Cette image protège paradoxalement peu : elle endort la vigilance des organisateurs et retarde la mise en place de dispositifs de contrôle robustes.

Le trail n’est pas plus propre que les autres sports d’endurance. Il est juste moins contrôlé – et la différence entre les deux n’est pas aussi rassurante qu’elle y paraît.